9 Juillet 2008
félicitations.... encore ;-)
Bravo Franck
Tonin
Lundi dernier, je suis parti chasser à Saint Maurice, en forêt domaniale de LAMOTTE BEUVRON.
Attendant les 20h00 pétantes (consigne de l’ONF durant les compétitions équestres), je discutais quelques instants à la barrière donnant accès à la forêt avec un des techniciens de l’ONF.
Il faisait mauvais (vent et averses) et la luminosité était faible. J’avais décidé de grimper dans un arbre près d’un endroit où j’avais fait déguerpir un brocard à plusieurs reprises certains matins. Ma logique était de faire un affût au même endroit car là où j’avais réveillé en sursaut cet animal certains matins, il y avait peut-être des chances de le surprendre le soir au moment pour lui de regagner sa couche.
30 minutes après mon installation dans cet arbre, j’entends casser du bois à ma droite et je vois débouler tranquillement un gros sanglier mâle que j’estime à 90 kgs. Il marche tranquillement et vermille lentement à environ 50 mètres de moi. Je descends de mon arbre et tente en vain une approche. Je casse deux branches et fais s’éloigner la bête. Je me perche alors sur un autre arbre situé sur la même coulée.
30 minutes plus tard, un autre sanglier mais plus petit celui-là, descend une autre coulée qui contourne d’une dizaine de mètres l’arbre sur lequel je suis perché. J’arme mon arc à poulie avant qu’il n’entre dans ma fenêtre de tir, cale ma visée sur le défaut de son épaule et le suis. Ma fenêtre de tir mesure 12 mètres environ et j’attends qu’il s’y arrête. Il se bloque littéralement au moment où le vent mène mes effluves à ses narines. Il lève le groin comme pour mieux me sentir et lève même sa patte gauche (je suis à 4,5 mètres du sol). Son flan gauche se découvre et je prends une autre visée plus basse. Je vise la zone où se situe son cœur. A peine ai-je changé ma visée que la flèche part. A ma grande surprise, elle ne transperce pas l’animal et dépasse de moitié. L’animal part au galop et tape la flèche sur chaque baliveau croisé. Il continue sur la même coulée et là, au lieu de s’engouffrer dans les gros ronciers de l’autre côté de l’allée sur laquelle il vient de déboucher, il remonte l’allée au grand galop. Je m’efforce de ne pas le quitter des yeux et de bien écouter tout bruit suspect. Je me contorsionne sur ma branche pour observer son galop. Il s’arrête au bout de 25 mètres et rentre doucement dans la même parcelle d’où il venait. Il vient rendre son dernier soupir à 30 mètres de moi mais caché par quelques branchages. J’attends quelques minutes afin de me calmer. Là le doute m’assaille : peut-on courir si vite avec une flèche dans le cœur. Je commence à douter : et si la flèche s’était fichée dans la patte ou l’épaule. L’animal, puisqu’il m’a repéré, m’attend peut-être. C’est vrai qu’il s’est s’arrêté là où le vent porte mes effluves. Je descends doucement de l’arbre. J’emprunte le même itinéraire que l’animal et fait une boucle comme lui. J’ai l’impression de ne pas trouver une seule goutte de sang. Mais je ne regarde que dans la direction où l’animal s’est arrêté. J’aperçois alors à l’endroit indiqué la patte poilue d’un gros animal étendu. J’avance encore un peu et croise le regard sans vie de ce sanglier.
Quelques instants de recueillement suivent.
La flèche s’est cassée et maintenant seuls 10 centimètres du fût dépassent du flan de ce mâle que j’évalue à 70 kgs. Il est en pelage d’été et semble bien différent des mêmes sangliers que j’observe l’hiver. Les poumons ont été touchés car une épaisse mousse de sang clair cerne la plaie. L’inclinaison du bout de flèche se correspond pas à la trajectoire de ma flèche mais j’ai bien entendu la flèche battre l’écorce des arbustes situés le long de la coulée. La lame a continué de faire du dégât dans l’animal ce qui sera confirmé lors de l’éviscération.
J’appelle Monsieur GIRARD, le correspondant local de chasse, technicien de l’ONF et lui annonce que son cheptel de sanglier vient encore de baisser. J’appelle ensuite Jean-Christophe, le plus célèbre récupérateur de pattes, peaux et viscères de gibiers du Loir et Cher. J’appelle ensuite Ludovic, un « jeune » chasseur à l’arc (d’une quarantaine d’année) afin qu’il m’aide à hisser la bête dans ma voiture (qui n’est plus un pick up, regrets…). Il arrive avec ses fils. Je leur refais « le match » et tous m’aident ensuite à emmener l’animal. Nous allons dépecer, éviscérer et débiter cette bête chez un autre chasseur à l’arc, Lyonel, ex-jeune chasseur à l’arc (d’une cinquantaine d’année). A la pesée, l’animal accuse 89 kgs. Donc l’autre sanglier que j’avais vu devait peser plus de 100 kgs. Les deux gamins regardent la découpe d’un œil inquiet. A l’issue, ils ne semblent pourtant pas traumatisés.
Plus tard dans la nuit, j’ai beaucoup de mal à m’endormir. Je me repasse le film du tir à plusieurs reprises au lieu de compter les moutons… ce qui ne m’aide pas à m’endormir, au contraire même !
Que d’intensité et de bons moments lors de cette soirée. Merci à Saint Hubert et merci à Ludovic, Hugo, Arthur et Lyonel !